Un immeuble avec un if devant des maisons d’édition des revues

Après avoir accueilli pendant un demi-siècle l’une des aventures intellectuelles et éditoriales les plus importantes de notre pays, le 27 rue Jacob n’est pas un lieu comme les autres.
Les murs ont une mémoire, un esprit demeure, au-delà des époques et des destins individuels. Il suffit de franchir la grille, de monter l’escalier, de pousser des portes pour le sentir.
Dans l’expression « maison d’édition », il y a le mot « maison ». Au 27 rue Jacob, la grille, l’arbre et la façade sont même devenus le logo des Éditions du Seuil. Pour des milliers d’auteurs et des millions de lecteurs, c’est un lieu privilégié.
C’est avec cette idée en tête que nous avons construit notre projet.
Parce qu’elle est à la fois artisanale et de grande diffusion, qu’on y « fait commerce avec l’esprit » – pour reprendre les mots de Gaston Gallimard –, l’édition est un univers privilégié pour faire naître des aventures humaines et intellectuelles. Mais face à la concurrence des autres loisirs et à la multiplication des formes de diffusion (poche, club, bientôt
numérique), il faut renforcer le cœur du métier – c’est-à-dire la création –
et y consacrer le maximum de moyens.
Il n’y a pas de création sans structures créatives. Un auteur a besoin d’être
partie prenante d’une aventure collective. Un éditeur ne peut rien si toute la chaîne éditoriale n’est pas vivante et imaginative. Tous ne peuvent pas avancer s’ils ne sont pas plongés en permanence dans un bouillon de culture, d’idées, de contradicteurs bienveillants.
Parce que nous sommes entrés dans un univers marqué par l’omniprésence
du numérique, où la pression des prix cassés est de plus en plus forte, où le marketing est agressif, les lecteurs ont besoin qu’on s’adresse à eux directement, sans filtre et sans calcul. Il faut leur proposer des « échanges
monétisés » qui aient de la valeur, des nourritures affectives et intellectuelles, des lieux de rencontres physiques et non virtuels.
Aucune comparaison n’est possible entre l’ensemble constitué par Les Arènes, l’Iconoclaste et les revues XXI et 6 mois d’une part et Le Seuil d’autre part.
Ni en termes de prestige, ni en trace dans l’histoire des idées, encore moins évidemment par le rayonnement littéraire.
Aussi il ne s’agira pas de succéder au Seuil.
Une histoire ne s’attribue pas, elle se crée.